S’expatrier avec des enfants au Maroc ou ailleurs est un véritable défi. C’est les accompagner dans un changement de repères, de langue et parfois même de climat ! Et dans la tête des parents, plusieurs questions se bousculent, plusieurs préoccupations aussi. Parmi celles qui reviennent souvent, celle de l’adaptation des enfants dans le nouveau pays d’accueil.
S’il est naturel de s’inquiéter pour son enfant, il est bon de trouver des réponses à nos questions, des témoignages qui contredisent aussi ces inquiétudes qui, bien souvent, ne sont pas justifiées. Dans cet article, nous avons recueilli les témoignages d’enfants expatriés qui vivent aujourd’hui au Maroc. Certains sont venus très jeunes, d’autres à l’adolescence, d’autres encore sont issus d’une fratrie avec certains nés en France et le reste dans le Royaume. Qu’ils vivent à Casablanca, Agadir ou Témara, leurs récits donnent un bel aperçu intéressant de ce que vivent les jeunes expatriés ici.
Certains de ces enfants ne sont pas (encore) scolarisés dans notre établissement à Témara, mais leur expérience rejoint celle de nombreux élèves que nous accueillons chaque année dans notre école. Leurs ressentis, leurs joies et parfois leurs petites inquiétudes sont universels. Et souvent… rassurants ! Finalement, tout est question de prisme. Regarder l’autre avec un regard bienveillant, du recul pour mieux embrasser ce qu’ils ressentent foncièrement.
Une expatriation au Maroc en pleine pandémie
En 2020, alors que le monde se confine et que les frontières se ferment, la famille Saïd prend une décision à contre-courant : quitter la France pour s’installer à Témara, au Maroc. Une période incertaine pour beaucoup, mais pour eux, c’est le début d’une aventure familiale mûrement réfléchie.
Le couple, formé par Nadia, d’origine marocaine, et Mehdi converti à l’Islam et d’origine arabe, préparait ce projet depuis quelques temps déjà. Nadia parle la darija marocaine et Mehdi l’arabe classique, mais tous deux s’expriment en français avec leurs enfants. Ils savaient que, pour quitter la France en famille, il fallait préparer le retour en amont en y impliquant leurs enfants. Ainsi, le lien avec le Maroc n’a jamais été rompu. Et pour leur montrer que l’expatriation est une aventure très enrichissante, le couple organise des voyages réguliers au pays dans lequel ils y font de jolies découvertes culturelles. Mais ce qui va jouer en faveur de leur décision finale, ce sont bien les contacts qu’ils font avec quelques familles d’expatriés sur place. Nadia le sait : “une image vaut mieux que mille mots”. Ses enfants, tout comme son mari et elle, ont besoin de voir de leurs propres yeux. Tous veulent être rassurés.
Un nouveau départ en famille
Nadia et Mehdi le savent : s’expatrier au Maroc n’est pas un simple changement de pays. La famille Said allait devoir construire une nouvelle vie pour ses quatre enfants, alors âgés de 6 à 14 ans.
La mère de famille explique :
“On ne voulait pas que ce soit un choc culturel, ni pour eux ni pour nous. Alors, avant de nous installer définitivement, nous les avons emmenés plusieurs fois au Maroc. Pas seulement pour les vacances, mais aussi pour y rencontrer des enfants, visiter des écoles, sentir l’ambiance marocaine. »
Cette préparation en douceur a porté ses fruits. Au moment du départ définitif, les enfants sont enthousiastes, presque impatients. Pour eux, c’est une grande aventure : un pays ensoleillé, de nouvelles odeurs, une autre langue, de nouveaux visages. C’est l’occasion de renouer avec leurs origines marocaines maternelles. Et pour ajouter des parfums d’antan, le voyage se fera en voiture, comme les parents de Nadia autrefois lorsqu’ils se rendaient en vacances au Maroc en été, en famille.
Doucement mais sûrement
Pour autant, le tableau n’était pas tout à fait rose. Il y eut des moments de doute, d’hésitation. Chacun devait trouver peu à peu ses marques. Conscients que c’était une aventure familiale, un vrai projet de vie, les parents restent ouverts et à l’écoute des besoins, des remarques et surtout des émotions de leurs enfants. Ils se rendent compte que, plus l’enfant est écouté, plus il se sent compris, plus il se sent aimé. Et c’est cet amour qui les aidera à s’adapter, à traverser les petites tempêtes. Aucun des enfants ne parlait la darija (arabe dialectal marocain).
Medhi raconte avec le sourire :
“Ils connaissaient quelques mots de darija grâce aux grands-parents de mon épouse. Même s’ils la comprenaient, ils ne savaient pas répondre. On sait que les enfants apprennent vite, qu’ils ont une capacité d’adaptation très grande. Au fil des semaines, des mois, ils osaient parler en darija avec leurs camarades à l’école, leurs professeurs. Je tiens d’ailleurs à souligner qu’au Maroc, les écoles font preuve d’une patience et d’une compréhension remarquables avec les enfants de familles d’expatriés. Tout est fait pour les rassurer, les intégrer et leur faire sentir qu’ils ont pleinement leur place ici. Et pour pousser l’apprentissage de la darija, les enfants allaient faire des petites courses chez l’épicier du coin, le boucher ou encore le boulanger, pour s’exercer sur les situations du quotidien. Rien de tel que l’immersion pour apprendre les langues ! Mais ça, je pense que tout le monde le sait.“
Et si c’était à refaire ?
La famille Saïd ne regrette pas du tout son choix. Bien au contraire ! Les deux premières années, les enfants sont scolarisés dans une école privée. Une transition en douceur, facilitée par des enseignants habitués aux élèves venus de France. Mais au fil du temps, une envie se manifeste : intégrer une école publique, comme leurs amis marocains du quartier où ils vivent. Ce sont les enfants eux-mêmes qui en font la demande.
“On les a écoutés, on en a beaucoup parlé avec eux. On savait que ce serait un défi, mais ils étaient prêts”, confie Nadia.
Aujourd’hui, ils rentreront bientôt dans leur cinquième année d’expatriation au Maroc. Leurs progrès en darija sont impressionnants et ils maîtrisent de mieux en mieux l’arabe classique. La transition scolaire, bien que ponctuée de moments de doute, s’est déroulée avec fluidité. Ce qui a fait la différence : une communication constante au sein de la famille, des échanges ouverts et une écoute active.
Les enfants se sont construit un cercle d’amis solide, participent à des activités sportives dans des clubs locaux et ont développé une vraie complicité avec leur nouvel environnement. Pour eux, le Maroc n’est plus un pays d’accueil : c’est bel et bien chez eux.
“On est fiers d’eux. Ils sont devenus des ponts entre deux cultures. C’est ce que l’on espérait, et ce même si, au départ, on était pétris de doutes”, conclut Mehdi.
Une enfance entre deux cultures
La famille El Mansouri vit à Casablanca depuis maintenant plus de 15 ans. Ici, ils se sentent chez eux. Et c’est presque difficile d’imaginer qu’il y a quelques années, c’est en France que leur aventure familiale avait commencé.
Le couple est composé de Leïla, française d’origine reconvertie à l’islam, et de Rachid, marocain d’origine. Leur aînée est née en France, mais c’est au Maroc que leur vie de famille a réellement pris racine. Quand ils ont fait le choix de s’installer à Casablanca, leur aînée n’avait qu’un an. Depuis, trois autres enfants sont venus agrandir la fratrie, tous nés au Maroc.
“On ne s’est jamais vraiment posé la question de repartir. Notre quotidien, notre rythme, nos repères… tout est ici,” explique Leïla.
Les quatre enfants ont grandi dans un environnement bilingue. Darija à l’école et dans la rue. Français à la maison avec les parents. Si Rachid parle l’arabe dialectal depuis petit, Leila, elle, tâtonne encore. Elle avoue non sans rougir de honte ne pas avoir fait trop d’efforts pour apprendre la darija. Très tôt, les parents optent pour une école privée marocaine. Ils savent que les enfants auront également un programme en français. Mais ce qu’ils recherchaient surtout, c’était une école proche de chez eux avec des petits effectifs pour que leurs enfants apprennent facilement. Là où ils habitaient, les écoles publiques étaient saturées. Ils voulaient trouver les deux avantages : de l’arabe et du français, mais surtout une école ouverte à la diversité culturelle du pays.
Un petit passage à vide
Tous les enfants de la fratrie n’évoluent pas de la même façon. Preuve en est le parcours du cadet qui, même s’il est né au Maroc, a connu un petit passage à vide. Quand il entre en CE1, une partie de ses camarades vient d’arriver de France. Ces enfants expatriés ne parlent pas la darija. Un peu entraîné par ce petit groupe, il se retrouve à ne parler qu’en français. Les parents ne remarquent pas tout de suite de changement.
“À la maison, on parlait français aussi, donc il n’avait pas beaucoup d’occasions de pratiquer la darija, surtout à cet âge où les enfants copient énormément les autres. Comme nous parlions uniquement le français à la maison, on n’a rien vu venir. Il a fallu qu’on nous convoque par l’école pour le savoir, se souvient Rachid.
Cette nouvelle immersion en français a parfois créé un léger décalage. En effet, l’enfant comprenait le dialecte marocain, mais avait du mal à le parler spontanément. Il devait réfléchir pour répondre. Cela a duré deux ans et la situation s’est réglée presque naturellement lorsqu’un déménagement a conduit la famille à changer d’école. Nouvelle école, nouveaux camarades, nouvelles dynamiques linguistiques, et très vite, le blocage s’est dissipé.
La double culture : une richesse inestimable
Aujourd’hui, les quatre enfants sont parfaitement à l’aise dans les deux langues. Ils passent naturellement de la darija au français selon les contextes, les personnes et même les émotions. En effet, aussi paradoxal que cela puisse paraître, il y a des sentiments que l’on arrive parfois à mieux exprimer dans une langue que dans une autre.
“C’est une richesse qu’on n’aurait peut-être pas pu leur offrir ailleurs. Ils sont ancrés ici, mais conscients de leur double culture. “Et ça, c’est un bien très précieux”, sourit Leïla.
La fratrie participe aussi à la vie locale. Ils pratiquent des activités sportives et culturelles dans les associations de leur quartier. Ils ont tissé des liens d’amitié solides avec leurs voisins, qu’ils soient marocains nés au Maroc ou venus s’installer comme eux ici. Ils ne se définissent pas comme des expatriés, mais bien comme une famille marocaine lambda… avec une histoire un peu différente : la leur !
“Ce que j’aime véritablement dans cette expatriation, finalement, c’est que mes enfants ne se sentent ni étrangers ici, ni enfermés dans un modèle”, conclut Rachid. “Ils ont trouvé leur place, tout simplement.”
De l’Afrique de l’Ouest à l’Afrique du Nord
Installée à Agadir depuis plus de 10 ans, la famille Diabaté fait désormais partie du paysage local. Rien ne laisse deviner qu’il y a quelque temps encore, ce couple originaire d’Afrique de l’Ouest découvrait pour la première fois le Maroc avec leurs trois enfants alors âgés de 2 à 6 ans.
Nés en France, les enfants ont grandi dans un environnement francophone. À leur arrivée, ni les parents ni les enfants ne parlaient la darija. Ce détail n’a pas empêché une intégration tout en douceur, notamment grâce à l’école.
“On a choisi une école privée marocaine pour qu’ils soient au contact d’enfants du pays, pas uniquement d’enfants d’expatriés”, explique la maman Asstou. “Et honnêtement, ils se sont adaptés plus vite qu’on ne l’aurait imaginé.”
Le plus jeune n’a intégré l’école qu’à partir de la grande section, à l’âge de cinq ans. Jusque-là, il était à la maison, entouré de ses parents et de ses frères et sœurs. Lorsqu’il intègre l’école, il apprend très vite la darija au contact des autres enfants et de ses professeurs.
“Il rentrait parfois à la maison avec des mots qu’on ne comprenait pas nous-mêmes”, raconte Omar en riant. “C’est là qu’on a compris qu’on était déjà un peu dépassés !”
Le Maroc comme pays d’adoption
Aujourd’hui, les trois enfants parlent couramment darija à l’école et dans la rue, et continuent de parler français à la maison avec leurs parents. Ce bilinguisme, ils le vivent comme une richesse. Ils ont su naviguer entre les deux langues sans difficulté et trouvent leur place aussi bien dans leur quartier qu’à l’école.
Le plus amusant ? Quand leurs parents se trouvent en difficulté face à un interlocuteur qui ne parle pas français, ce sont eux qui jouent les interprètes pour eux.
“C’est une situation un peu cocasse. Quand je pense qu’on avait peur que les enfants ne s’intègrent pas au Maroc. Au final, ils nous ont donné une bonne leçon. D’ailleurs, souvent ils nous font la morale : “Mais vous devriez vous y mettre à la darija !’”, sourit Asstou. “Mais eux, ils ont baigné dedans, c’est différent.”
Malgré la barrière de la langue, les parents se sont eux aussi intégrés à leur manière. Les relations de voisinage, les échanges informels, les moments partagés avec d’autres familles leur ont permis de trouver leur équilibre dans cette nouvelle vie. Et surtout, ils ont su s’appuyer sur l’adaptabilité impressionnante de leurs enfants.
“Le Maroc est devenu leur pays d’adoption, leur repère. Nous, on suit leur rythme, et c’est aussi une belle leçon d’humilité pour ma femme et moi”, dit Omar.
L’immersion comme dénominateur commun
À travers ces trois portraits de familles installées à Témara, à Casablanca ou à Agadir, une chose revient avec force : les enfants s’adaptent. Parfois avec un peu de temps, parfois très vite, mais toujours avec une formidable capacité à créer des repères, à faire leur place, à tisser du lien.
Qu’ils viennent de France, d’Afrique de l’Ouest ou de familles mixtes, ces jeunes trouvent peu à peu leur équilibre entre deux cultures, deux langues, deux rythmes. Et souvent, ce sont eux qui montrent le chemin aux adultes.
Le Maroc, par sa richesse humaine et culturelle, se prête naturellement à cet équilibre. Et les familles, malgré les doutes initiaux, découvrent qu’il est non seulement possible, mais aussi profondément enrichissant de changer de cadre de vie avec des enfants.
On peut voir en réalité que dans ces parcours d’expatriation, l’école joue un rôle central dans l’immersion sociale des enfants. Elle n’est pas seulement un lieu d’apprentissage : elle devient un relais de confiance, un repère stable, un facilitateur d’intégration. À notre échelle, ici à Témara chez MEG School, nous voyons chaque année des enfants venus d’ailleurs s’épanouir peu à peu, nouer des amitiés durables, apprendre une langue nouvelle, ou en retrouver une qu’ils avaient perdue. Nous veillons à accueillir chaque élève avec bienveillance, à écouter ses besoins, à l’accompagner dans ses premiers pas. Pour les familles expatriées, pouvoir s’appuyer sur une équipe éducative attentive fait souvent toute la différence. Notre établissement accueille avec joie des profils variés, des histoires singulières. Et c’est précisément cette diversité qui fait notre richesse. Si vous envisagez de vous installer à Témara ou dans les environs, nous serions ravis de vous accompagner dans cette belle transition. Alors, prêts à sauter le pas pour venir vous installer au Maroc ?

